Les ruines du chateau de Saint Pol Roux

 

Sur les hauteurs de Camaret, vécut un poète encensé par les surréalistes, frappé par un destin tragique en 1940.

 

A cent mètres des alignements mégalithiques de Lagatjar, le manoir du Boultous surplombe la mer d'Iroise, où l'on aperçoit des baigneurs minuscules sur une plage dorée.

 

Né en 1861, Paul Roux, de son vrai nom, était un Provençal, issu d'une famille marseillaise d'industriels en céramiques. Après une carrière littéraire qui le voit reconnu par les plus grands (Mallarmé l'appelait « son fils », d'autres le « roi-lyre »), il va fuir le milieu littéraire. Ce sera pour s'installer en Bretagne à la fin du siècle, et poursuivre son œuvre en solitaire dans ce manoir où il vivra en famille, avec sa femme, sa fille Divine, et ses deux fils dont l'un, Coecilian, mourra durant la Première Guerre mondiale.

 

En 1940, le vieux sage, dans sa 80e année, va connaître le pire dans ce manoir où, veuf désormais, il vit seul avec sa fille. C'est le soir du 23 juin, les Allemands déferlent sur la Bretagne. Un groupe surgit au manoir, et un soldat ivre tue la servante Rose, brutalise le vieil homme, blesse par balles Divine avant de la violer. Des manuscrits innombrables sont déchirés ou brûlés, dispersés sur la lande.

 

Le vieil homme, que les dernières photos nous montrent imposant avec sa haute taille, ses longs cheveux et sa barbe blanche encadrant un beau visage, ne survivra que quatre mois. Il s'éteindra le 18 octobre à Brest. Quatre ans plus tard, le manoir, où les Allemands s'étaient installés, est détruit par l'aviation britannique.

 

 

Camaret

 

“Camaret, par ce matin d’été,

c’était la beauté,

toute la jeunesse du monde

sous la féerie claire des voiles.
Je sentis que mon destin m’y conduisait,

que je n’avais plus le droit de partir…

Et j’y suis demeuré

au milieu des paysans et des pêcheurs.

 

…Je remercie Camaret d’une hospitalité

de trente ans qui ne finira jamais

puisque c’est dans son sol que je dormirai…

j’ai fait inscrire sur un entablement

de mon manoir ces mots orgueilleux peut-être :

 

Ici j’ai découvert

la vérité du monde,

 

Tout le secret de ma solitude,

de ma méditation,

conséquemment de mon prudent silence,

gît là.”

 

Saint Pol-Roux, 1922.

Extrait de l’œuvre « De l’art magnifique », publié avec l’aimable autorisation de M. René Rougerie, éditeur de Saint Pol-Roux.
 © Mairie Camaret-sur-Mer 2006  Imprimer la page